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Labo LHPLE

ÉCRITS DE LA GOUVERNANCE

« Il ne faut pas imaginer un monde du discours partagé entre le discours reçu et le discours exclu ou entre le discours dominant et celui qui est dominé ; mais comme une multiplicité d’éléments discursifs qui peuvent jouer dans des stratégies diverses. C’est cette distribution qu’il faut restituer, avec ce qu’elle comporte de choses dites et de choses cachées, d’énonciations requises et interdites ».[1]

 Ces mots de Michel Foucault dans son Histoire de la sexualité signalent la complexité des rapports de forces des discours produits et mis en circulation dans une société. À chaque époque, à diverses échelles, et même à l’intérieur de chaque groupe, surgissent des discours contradictoires et des comportements complexes qui comprennent des interdits, des non-dits, des silences.

 Ceci arrive constamment dans le domaine du discours politique que nous avons retenu pour notre séminaire. Ainsi, le pouvoir en place peut avoir des réticences pour exposer ouvertement sa politique internationale, sa politique économique et sociale ou ses points de vue en termes de liberté de pensée ou de liberté religieuse. De même, des groupes politiques ou certaines personnalités ayant une audience dans la population, peuvent s’interdire d’aborder des sujets précis ou d’exprimer ouvertement toutes leurs convictions afin de ne pas heurter le pouvoir en place ou certains de leurs partisans. Ces stratégies ne sont pas le propre d’une époque, d’un régime politique ou le fait de l’intolérance religieuse d’un état –même s’ils peuvent être exacerbés dans des régimes autoritaires, dans des dictatures ou à la veille des révolutions- mais bien un système de fonctionnement des pouvoirs et des contre-pouvoirs à toutes les échelles.

 Devant la crainte du rejet, de la censure ou de la réaction violente que l’expression ouverte de certaines convictions pourraient provoquer à l’extérieur ou à l’intérieur même de leurs groupes, les auteurs des écrits politiques adoptent des conduites visant à se protéger et à protéger leurs idées d’une lumière excessive qui pourrait les nuire. La dissimulation, les allusions, les substitutions, les métaphores, les exemples ou un silence très parlant constituent des stratégies fréquentes du non-dit, visant à éviter les obstacles et à explorer le terrain des possibles alliances. Aussi lorsque toute velléité contestataire est sévèrement punie il n’est pas rare que les écrits présentant des idées jugées dangereuses, soient publiés à l’étranger, restent inédits ou même qu’ils soient gardés secrets.

 Notre séminaire cherchera, en parcourant différentes époques, diverses langues et cultures, diverses thématiques, divers régimes politiques, divers groupes sociaux ou idéologiques, à déterminer les stratégies employées - avec une attention particulière portée sur la stratégie du non-dit - dans le discours politique pour exprimer, éviter ou contourner les interdits.

 

contact : manuel..fr

[1] Michel Foucault, Histoire de la sexualité I. La volonté de savoir, Pars, Gallimard, 1976, p. 133.