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Labo LHPLE

 22-23 novembre 2018

"Récits savants de découverte : le moment de l'illumination"

Journées d'études organisées par Laurence Dahan-Gaida dans le cadre de l'axe 1 "Sciences, Langages, Textualités"

4-5 avril 2019 

Colloque international "Forme et diagramme. Problèmes de morphogenèse dans la pensée, l’art et la nature".

Organisé par le Centre de Recherches Interdisciplinaires et Transculturelles (EA 3224) et le laboratoire Logiques de l’agir (EA 2274)

Université de Franche-Comté - UFR SLHS

18 rue Chifflet - Grand Salon

Besançon

Présentation

L’idée d’un accord entre la cognition et le monde phénoménal traverse toute l’histoire de la modernité philosophique. Cet accord, c’est d’abord celui que l’on tente de penser entre l’esprit et la nature. C’est ensuite celui que l’on recherche comme convergence et concordance entre la création poétique et la production naturelle. C’est enfin celui que l’on s’efforce de penser comme ajustement de la pensée aux exigences de la vie. Si l’on admet cette idée d’un accord entre les formes naturelles et les formes de la pensée, comment franchir le hiatus phénoménologique entre ces deux versants de la réalité que tout, dans notre culture, nous a appris à opposer ? Le but de ce colloque sera de réfléchir aux modes possibles d’articulation entre cognition et production phénoménale en prenant comme pierre de touche une forme particulière de cet accord : la pensée diagrammatique.

En tant que mode majeur de l’avènement de la pensée dans l’intuition, via un support d’inscription, le diagramme peut en effet être envisagé comme une opération morphogénétique : vecteur de la pensée et médiateur de l’action, il consiste à esquisser une idée qui se cherche à travers différents gestes et différents tracés, avant de prendre forme dans les figures passagères d’une formation plus large qui les intègre et les dépasse toutes. Trace d’une séquence de gestes qu’il ne fait pas apparaître mais qu’il symbolise et comprime, le diagramme est aussi attente et tension vers une autre série de gestes qu’il suggère mais qu’il ne détermine pas : c’est pourquoi Gilles Châtelet parlait à son propos de « stratagème allusif ».

Par quoi le diagramme se rapproche du spectre, si l’on entend par ce terme une disparition. Le diagramme désigne alors une image survivante qui spectralise – dans une figure esthétique, un dessin technique, une planche encyclopédique, un schéma conceptuel, une formule symbolique ou encore une simulation informatique – un ensemble d’informations structurées. Ces informations synthétisent nos connaissances dans des systèmes de notations qui les abrègent pour les rendre plus facilement et plus rapidement accessibles. Elles visent en outre à guider notre action dans le monde, ainsi qu’à nous aider à en anticiper l’évolution et la dynamique. Un tel processus de conception et de production embrasse des dimensions à la fois affective, esthétique, cognitive et pratique, qu’il intègre dans une série de cycles transformateurs où l’action féconde la pensée et où la pensée schématise l’action. On appellera ce processus diagrammatisation.

Dès lors, il s’agira d’étendre la question initiale de l’accord entre esprit et nature, poésie et production, pensée et vie, au rapport de la culture à l’histoire, en examinant non plus seulement la dimension spatiale de l’accord entre cognition et monde phénoménal, mais également sa dimension pleinement temporelle et collective. Cela permettra d’aborder la question du diagramme dans une perspective ontogénétique, anthropologique et sociohistorique. L’enjeu devenant alors celui de penser la façon dont toutes les formes communiquent sur un mode non finalisé mais non dépourvu d’ordre, afin de comprendre comment la morphogenèse diagrammatique opère à toutes les échelles : matérielle, biologique, culturelle et historique.

L’un des objectifs de ce colloque sera donc de confronter des théories en provenance de différentes disciplines (biologie, design, esthétique, informatique, intelligence artificielle, mathématiques, philosophie, sémiotique, etc.) en vue d’élaborer un modèle d’intelligibilité capable d’articuler les différentes dimensions et échelles des processus de morphogenèse. Il sera donc ouvert aux chercheurs de toutes les disciplines dont on voudrait favoriser le dialogue et la confrontation.